• Coronavirus : «Le pouls de l'immobilier bat toujours»

Coronavirus : «Le pouls de l'immobilier bat toujours»

ENTRETIEN. Télétravail, signatures électroniques, visites virtuelles… La vie des agences immobilières continue, assure la présidente du réseau Orpi.

Propos recueilllis par Bruno Monier-Vinard

Représentante du premier réseau d'agences immobilières dans l'Hexagone (1 300 points de vente, 7 000 collaborateurs), Christine Fumagalli, au contraire de beaucoup de ses confrères, reste confiante sur la poursuite d'activité de ce secteur bousculé par le Covid-19.

Comment faites-vous face aux restrictions gouvernementales imposées par cette épidémie de coronavirus ?

Christine Fumagalli: Juste après l'annonce officielle, mot d'ordre a été donné à toutes nos agences de fermer leurs portes au public. Avec une mise en télétravail du maximum de collaborateurs, quand cela était possible. Nous assurons toutefois la continuité de nos missions de gestion avec des personnes physiquement présentes dans nos agences et d'autres à la manœuvre sur le terrain, ceci dans le strict respect des précautions sanitaires (gel, port de masque…) et des gestes barrière.

De quelles activités parlez-vous ?

De la gestion locative tout d'abord. Que ce soit sur le volet administratif (encaissement des loyers, paiement des fournisseurs, etc. ) mais aussi sur le terrain, nos gestionnaires pouvant continuer à effectuer l'état des lieux préalable à l'entrée de nouveaux locataires (toujours en respectant les nouvelles recommandations prophylactiques), intervenir sur des dégâts des eaux, etc. Paiement des gardiens, des entreprises… L'activité de gestion de copropriété ne s'est pas arrêtée. Nous effectuons toujours le suivi du bâti et intervenons dès qu'il y a un désordre technique au sein d'un immeuble. En ce qui concerne l'approbation des comptes de l'année de la copropriété, faute de pouvoir, pour l'instant, réunir physiquement les assemblées générales de copropriétaires, le mandat du syndic est prolongé jusqu'à la convocation de prochaine AG (avec une date butoir au 31 décembre 2020).

Quid des transactions résidentielles ?

Nous faisons tout pour dématérialiser le plus possible cette activité. Lorsque c'est possible, nous finalisons les mandats de vente ou avant-contrat de compromis de vente par le biais de signatures électroniques chez les notaires qui y sont favorables. Nous donnons également la main aux propriétaires afin qu'ils puissent réaliser eux-mêmes les photos ou films de leurs logements pour les mettre et les diffuser ensuite en ligne

La demande est-elle encore au rendez-vous ?

Il y a un ralentissement, il ne faut pas le nier. Mais si nous constatons une baisse de fréquentation sur nos sites Web, ce n'est pas un arrêt brutal comme en 2008 avec l'impact de la crise des subprimes aux États-Unis. Les gens continuent leurs recherches. Ils profitent de ce temps disponible pour avancer dans leur projet immobilier et affiner une décision avec laquelle ils vont s'engager sur le long terme. Il y aura cependant une chute mécanique du volume des ventes dans l'ancien et le neuf. Quant aux prix, impossible de déterminer comment ils vont évoluer dans un futur proche, dans un sens ou dans un autre. Car nous ne connaissons pas l'élément déterminant de la réponse qui tient avant tout à la durée du confinement. 25 jours, deux mois, davantage… Autant de calendriers porteurs de scénarios, optimistes ou pessimistes, très différents.

Pour prévoir l’avenir, il faut comprendre le passé. Si elles datent d’avant le confinement et livrent une vision probablement dépassée du marché immobilier hexagonal, les données recueillies par le baromètre LPI-SeLoger n’en restent pas moins essentielles. Que ce soit pour évaluer les effets de la crise du Covid-19 mais aussi pour anticiper et préparer la reprise immobilière. Reprise qui pourrait d'ailleurs s'apparenter à un « contre-choc » dont la force n'aurait d’égale que la soudaineté.

Le marché immobilier : touché mais pas coulé !

En l’état actuel des choses, il est difficile de déterminer avec précision quels signaux les indicateurs du marché immobilier enverront, une fois que le confinement aura cessé, que les choses auront repris leur cours normal et que les agences immobilères auront rouvert leurs portes. Tout au plus peut-on se risquer à se projeter... Il est autant difficile (voire impossible !) de s'essayer à prédire l'évolution du moral des ménages et les conséquences psychologiques du Covid-19. Plusieurs pistes méritent toutefois d'être explorées. La chaîne de l’immobilier étant actuellement grippée (visites « physiques » de biens immobiliers reportées, signatures d’actes authentiques de vente repoussées, délais de traitement des dossiers de prêts allongés, etc.), on peut craindre que la reprise de l’activité immobilière ne provoque un goulot d’étranglement dans les semaines, voire les jours qui suivront la levée du confinement. Il est également permis de penser qu’en contrecarrant leurs projets immobiliers (achats, déménagements…), le Covid-19 aura, en définitive, frustré les candidats-acquéreurs et considérablement aiguisé l'appétence des Français pour la pierre. À moyen et long terme, les prix immobiliers devraient donc résister et jouer la carte de la stabilité. Pas de baisse brutale des prix à redouter dans les prochains mois, donc.

On peut toutefois s’interroger sur le comportement des établissements de crédit face à des demandes de prêts immobiliers émanant de personnes dont les revenus auraient pu baisser au cours des dernières semaines. On peut également s'attendre à ce que le marché immobilier soit aussi tendu qu’il ne l'était avant la crise du coronavirus, voire davantage encore car la production de logements neufs ayant baissé, le manque de biens immobiliers pourrait être plus flagrant qu’avant que le Covid-19 n’entre en scène … Pour toutes ces raisons (des projets immobiliers qui ne seront pas annulés mais seulement différés, une frustration des acheteurs, une offre ténue…), la reprise pourrait être aussi brutale que soudaine et s'apparenter, par certains côtés, à un véritable contre-choc immobilier (un « propri-boom » ?). Quant aux agences immobilières, elles pourraient bien être littéralement prises d’assaut sitôt le confinement levé !

BON À SAVOIR

Bien que le marché immobilier ait été mis sur pause, l’appétence des Français pour la pierre demeure intact, comme en témoignent les prix affichés sur les annonces qui ne diminuent pas depuis le début de la crise.